Master 2 Plateformes Numériques, création et innovation, Mention Industries culturelles,
Université Paris 8

Objectifs de la formation

Le master offre une formation de haut niveau dans le domaine des industries culturelles et créatives et des cultures participatives sur Internet. Il donne aux étudiants des clés pour comprendre l’ampleur des mutations induites par les innovations technologiques et sociétales sur le web et construire une analyse critique des usages et des processus participatifs avec des chercheurs spécialisés dans ces domaines.

Les enseignants-chercheurs sont membres du laboratoire CEMTI.

Compétences

Les étudiants sont formés aux principaux enjeux sociaux ouverts par le développement des plateformes numériques : dynamiques d’innovation, enjeux économiques et industriels, big data, bien communs, open data, open access, inégalités des usages sociaux, production de l’information, gestion et modération des communautés numériques, positionnement des savoirs experts.

Ils sont capables d’analyser les stratégies des principaux acteurs, de concevoir des politiques de communication et des dynamiques participatives sur le web, de gérer des plateformes participatives. La compréhension des logiques à l’œuvre donne aux étudiants une capacité d’adaptation indispensable

Professionnalisation et partenariats

Un atelier de perfectionnement sur WordPress est conduit par un ingénieur. Des collaborations sont menées avec des institutions régionales en lien avec le numérique, dans le domaine des arts et des entreprises (Le Cube, la Gaieté lyrique, le jeu de Paume), notamment dans le cours Conduite de projet culturel.

Un partenariat avec l’Ecole nationale Supérieure Louis-Lumière (filière photographie) et l’EUR ArTeC permet de développer des enquêtes croisées avec des étudiants photographes.

Les Cours

Usages sociaux du numérique et Atelier-Laboratoire
Sophie Jehel

La numérisation de la société se déroule sur le fond d’un discours d’accompagnement qui valorise la facilitation des échanges sociaux, l’extension des réseaux de sociabilité, la démocratisation de l’accès à l’information et à la connaissance, la moindre captation des ressources naturelles grâce aux applications et autres plateformes numériques. Les recherches en sciences sociales montrent cependant la complexité sociale des reconfigurations qu’impose la numérisation et le maintien des inégalités numériques.

Ce cours est organisé sous forme d’atelier-laboratoire soutenu par l’EUR ArTeC et réalisé en collaboration avec la filière photographie de l’École nationale supérieure Louis-Lumière. La photographie et les sciences sociales ont une histoire commune, des préoccupations communes, l’exploration du social pour le documenter, témoigner des innovations sociales ou dénoncer des injustices. La sociologie visuelle est particulièrement pertinente pour explorer nos vies numériques sur des plateformes qui privilégient la communication visuelle, photo, vidéo, GIF, émoji…

Les enquêtes de l’année 2020 2021 porteront sur les 3 thèmes suivants : écologie, littérature et violences, en lien avec les pratiques numériques. Les étudiants conduiront une enquête par entretiens en collaboration avec les étudiants photographes de l’ENS Louis Lumière. Les articles seront publiés sur le site dédié, numerique-investigation.org.

Dans le cadre de cet atelier seront organisées des conférences sur les trois thèmes, des séances de cours problématisant ces thèmes, des ateliers de discussion autour des articles de la bibliographie.

Agnès Lanoë directrice de la stratégie et de la prospective d’Arte France présentera la politique de programmation des sites d’Arte pour les nouvelles écritures audio-visuelles.

Les étudiants bénéficieront d’un accompagnement personnalisé tant pour la méthodologie de l’enquête par entretien (Sophie Jehel), que pour la méthodologie de l’enquête photographique (Nadège Abadie et Stéphanie Solinas) et pour l’écriture journalistique sur le web (Pascale Colisson).

Atelier de culture visuelle (photo et écriture journalistique)
Samuel Bollendorff, Nadège Abadie, Véronique Figini, Pascal Martin

Cet enseignement donne aux étudiants les bases théoriques pour comprendre le mouvement actuel de défense des (biens) communs numériques (digital commons), tout en analysant plus précisément certains de ses objets privilégiés : logiciels libres, œuvres sous licences Creative Commons, publications scientifiques en accès libre, open data. Il retrace l’histoire de l’émergence des digital commons, en revenant sur les travaux pionniers d’Elinor Ostrom, sur le mouvement du logiciel libre et sur la critique militante et universitaire de l’extension des droits de propriété intellectuelle. L’objectif sera aussi d’analyser certaines questions que posent aujourd’hui ces « communs » : comment rémunérer leurs contributeurs ? Comment les défendre juridiquement ? Comment les articuler avec les missions assignées à l’État ?

Atelier de construction de site WordPress
Claire Marion

Claire Marion a designé le nouveau site numerique-investigation.org. Elle formera les étudiants à pouvoir bénéficier de toutes les potentialités, en approfondissant la maîtrise de l’éditorialisation sur WordPress

Projet : journée d’étude (conception, valorisation, print et web)

La journée d’étude est préparée par les étudiants dans le cadre de l’atelier MIP « Comprendre les usages sociaux du numérique, approche par l’enquête socio-photographique. », avec l’accompagnement de Sophie Jehel et Véronique Figini. Elle se déroule dans un centre d’art. Elle permet l’invitation de professionnels et de chercheurs. Elle valorise les travaux des étudiants et leurs enquêtes.

Communs numériques et propriété intellectuelle
Sébastien Broca

Cet enseignement donne aux étudiants les bases théoriques pour comprendre le mouvement actuel de défense des communs numériques, en tant que résistance à l’extension des droits de propriété intellectuelle (brevets et droit d’auteur essentiellement). Il replace ainsi l’émergence des communs numériques dans le contexte de la critique militante et académique de la propriété intellectuelle, telle qu’elle s’est développée à partir des années 1980. Le cours propose aussi des analyses empiriques de certains communs emblématiques: logiciels libres, Wikipédia, oeuvres sous Creative Commons. Il introduit enfin aux grandes questions qui se posent aujourd’hui aux défenseurs des communs : comment rémunérer les contributeurs ? Comment défendre juridiquement ces ressources partagées ? Comment articuler le développement des communs avec les missions de service public traditionnellement assignées à l’État ?

Économie numérique et théories du nouveau capitalisme
Carlo Vercellone

La révolution informationnelle est l’un des traits saillants du passage du capitalisme industriel à un nouveau capitalisme fondé sur la connaissance et le numérique. Dans cette évolution, le rôle jadis central du capital et du travail matériels cède la place à une montée en puissance du capital et du travail immatériels. Les hypothèses fondatrices de l’économie politique liées à la rareté et à la rivalité des biens en sortent profondément déstabilisées. Le défis d’une économie de la gratuité liée à la dématérialisation et la baisse drastique du coût de reproduction d’un grand nombre de biens et services, conduit les grands oligopoles numériques à inventer de nouveaux modèles de profit. Deux stratégies principales, souvent complémentaires, ont été mises en œuvre. La première, incarnée par l’hégémonie du modèle de Microsoft durant les années 1990, repose sur le renforcement de la propriété intellectuelle et les dispositifs du Digital Right Management. La seconde correspond à l’essor du capitalisme des plateformes qui, sous l’égide des GAFA, a conduit à un puissant processus de recentralisation et de marchandisation de l’économie de l’Internet. En excluant tout déterminisme technologique, ce cours se propose de reconstruire ces évolutions à travers une approche combinant étroitement la présentation des faits historiques et celle des controverses théoriques qu’ils suscitent. 

Cultures participatives: amateurs, experts et journalistes
Aurélie Tavernier

« La culture de la participation est une culture avec : des frontières relativement fines avec l’expression artistique et l’engagement civique ; un fort soutien à la création et au partage de créations ; et une forme de mentorat informel entre les anciens et les nouveaux membres. Une culture de la participation est également une culture dans laquelle les membres croient en la valeur de leurs contributions et ressentent les liens sociaux forgés entre eux (au moins ils se soucient de ce que les autres pensent de leurs créations) » JENKINS H., ITO M., BOYD D., Participatory Culture in a Networked Era. Polity Press, Cambridge, 2016 : 4

Les modalités de production et de diffusion de l’information semblent aujourd’hui démultipliées par l’essor des technologies participatives. Plateformes de partage, blogs d’experts, réseaux sociaux, médias citoyens ou alternatifs, apparaissent comme autant de dispositifs susceptibles de bouleverser l’économie informationnelle et les interactions entre « journalistes », « experts » et « amateurs ». Si tout le monde « peut » participer, quelles frontières discursives, symboliques et capacitaires organisent néanmoins l’espace public médiatique ? L’injonction à la participation spontanée des internautes va-t-elle à l’encontre des procédures journalistiques verticales de sollicitation et de légitimation des « paroles d’experts » ? En confrontant les paradigmes a priori opposés de l’objectivisme des journalistes et de l’expressivisme des amateurs, le cours « Cultures participatives : amateurs, experts, journalistes » interroge in fine la « révolution numérique » que semblent promouvoir les scènes et les dispositifs de l’information participative. En pretant attention aux conditions de production et de diffusion de l’information, ce cours nous conduira alors à réfuter la perception d’une culture participative égalitaire, pour montrer qu’une frontiérisation est à l’oeuvre, distinguant plusieurs formes d’expertise : professionnelle, savante, citoyenne.

Médiations numériques et usages créatifs
Alexandra Saemmer

Les outils d’écriture et d’édition numérique rendent service. Ils mettent à disposition des savoir-faire, et rendent possibles de nouvelles formes de création. Mais ils encodent aussi des enjeux économiques et politiques, des systèmes de valeurs, des visions du monde. En utilisant des outils numériques, nous créons donc avec les concepteurs et propriétaires des outils, avec leurs croyances, leurs idées. S’instaure un rapport de « co-énonciation », et un rapport de force. Les « architextes » encodés dans les logiciels et plateformes ont engagé une mainmise sur la forme du texte. Plus récemment, les grandes entreprises du numérique interviennent aussi dans la rédaction même des contenus textuels eux-mêmes – mainmise qui se matérialise dans les processus d’auto-complétion et d’écriture prédictive du « computexte ».

Nous nous pencherons sur un corpus de créations artistiques et littéraires qui négocient avec l’emprise, essayent de la détourner, y résistent afin de dé-normaliser la création numérique. Notre analyse de la généalogie de ces pratiques créatives s’appuiera sur des concepts fondateurs de la sémiotique des écrits d’écran, une approche critique des processus d’écriture « prédictive », et des expérimentations de recherche et création.

Création et plateformes numériques: questions éthiques et juridiques
Sophie Jehel

La création sur les plateformes numériques est facilitée par les différents CMS et dispositifs d’écriture mais elle expose les auteurs à de nombreuses contraintes liées à leurs objectifs commerciaux, favorisant certains contenus au risque du formatage et récupérant des données personnelles pour profiler et structurer les recommandations algorithmiques. Les autrices et auteurs de création numérique doivent développer leur réflexivité sur la pertinence des outils utilisés et de la capture des données personnelles. Cela suppose une compréhension des logiques de surveillance à l’œuvre sur les plateformes numériques (étatiques, commerciales, mais aussi interpersonnelles, sousveillance, -surveillance des surveillants-, vigilantisme -surveillance des surveillés-). Le modèle de « panoptique » imaginé au 18ème siècle par Jérémy Bentham, comme l’a souligné Michel Foucault, a transformé les modalités même de l’exercice du pouvoir institutionnel et infusé dans l’ensemble des relations sociales, redoublant les formes de contrôle social.

Le cours sera axé sur les débats d’actualité relatifs aux questions éthiques et juridiques qui concernent la création sur les plateformes numériques, relatives au respect de la vie privée, à la liberté d’aller et venir, au droit à l’image et aux droits d’auteur.

Plateformes numériques et logiques d’innovation
Benoît Lelong

Les plateformes numériques ont bouleversé les logiques d’innovation. Dans les grandes entreprises industrielles, les laboratoires internes de recherche et développement se voient concurrencés par des dispositifs d’open innovation mobilisant des contributeurs externes (expert universitaire, start-up, ou foule de simples consommateurs). D’autres plateformes permettent à des individus ordinaires de produire et de rendre publiques leurs créations, de les valoriser et de les commercialiser. D’où des évolutions complexes et souvent contradictoires : désintermédiation et ré-intermédiation, collectivisation et singularisation, dématérialisation et apparition de nouveaux espaces matériels de travail et d’échanges. Les conséquences sont multiples pour les innovateurs, leur activité, leur identité professionnelle, leurs ressources et leurs droits. Ces mutations seront abordées en multipliant les approches : socio-économie du numérique, ethnographie des activités en ligne, sociologie du travail, analyse de réseaux, histoire des techniques.

Conduite de projets culturels
Remy Hoche

Le cours de conduite de projet vise à construire par équipe de deux ou trois étudiants un projet destiné à une institution ou à un événement culturels utilisant les outils du numérique, pertinente par rapport à la stratégie globale de communication. Les premières séances seront consacrées à la compréhension des contraintes (juridiques, financières, matérielles…) de ce type de projet et aux enjeux que les événements représentent pour les structures. L’objet de l’atelier sera de présenter un projet et les modalités de sa mise en œuvre. La dernière séance fera l’objet d’une présentation au Cube.

Construction de site internet, perfectionnement référencement
Adrien Pequignot, doctorant Cemti et ingénieur en informatique

Nous tenterons de tirer des conséquences pratiques de la théorie de l’écologie de l’attention (Citton) pour la conception de sites internet et d’applications. Quelles règles ergonomiques adopter pour l’éditorialisation d’un site web ? Comment concevoir un site internet dans une démarche de design éthique plutôt que de design persuasif ? Quelles questions pose le design émotionnel ?

Nous terminerons ce module par des travaux pratiques sur le référencement de sites internet.

Méthodologie de la recherche en sciences sociales
Benoit Lelong

Le cours « Méthodologie de la recherche en sciences sociales » aborde la question de la construction des faits scientifiques en sciences sociales. Sa vocation est donc de faire comprendre pratiquement la manière dont on doit construire une recherche. Il s’agit d’acculturer les étudiants aux principales règles de construction d’une recherche en sciences sociales, dans le cadre spécifique de la réalisation d’un mémoire : comment en partant d’un thème initial construire un véritable objet d’étude sociologique ? Qu’est-ce qu’une problématique ? Comment formuler une question de recherche à l’origine d’investigation empirique ? Comment définir des hypothèses ? Comment mettre en œuvre des appareils de preuve appropriés ?

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