Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es

L’exposition du wellness sur YouTube :
à la recherche des modèles pour mieux s’écouter et mieux être.

Aujourd’hui, le wellness, une recherche du bien-être et de l’harmonie, prend une place de plus en plus importante sur Youtube. Cette plateforme participative permet le partage des routines, conseils et avis de coaches professionnels ou amateurs. A la recherche des motivations des abonnés aux chaînes wellness, nous rencontrons Charlotte et Louna, deux jeunes femmes qui nous racontent comment leur mal-être les a conduites à la recherche de modèles inspirants qui leur donne confiance par le récit de leur intimité et comment, au fil du temps, elles ont pu prendre leurs distances.

Très populaire auprès des femmes, la catégorie lifestyle se trouve dans le top des catégories les plus regardées de Youtube avec des vidéos comme la mode, la beauté et le wellness. Cette thématique représente 2,4 milliards de vues parmi les 100 premiers influenceurs. (Land, 2019). Cette plateforme se prête particulièrement à l’échange et au partage grâce à son fonctionnement participatif. C’est ici que le wellness répond à une demande d’information et d’inspiration de la part de ses utilisatrices, pour contrôler au mieux son rapport au corps, en s’appuyant sur les “bonnes pratiques” d’influenceuses. 

C’était une facette de ma vie sur laquelle j’avais énormément de contrôle alors que j’avais pas ce contrôle ailleurs dans ma vie.” dit Charlotte de 26 ans et professionnelle des relations publiques à Londres, en faisant référence au moment où elle a commencé à chercher des informations sur le wellness sur Youtube. 

Comme Charlotte, Louane de 25 ans, étudiante en cinéma à Paris trouve dans le wellness une source d’inspiration et de motivation. Le wellness défini par le Global Wellness Institute (la principale ressource mondiale en matière de recherche et d’éducation pour le secteur du wellness aux États-Unis) comme un état ou un sentiment de bien-être et la poursuite active d’activités, de choix et de modes de vie qui mènent à un état de bonne santé physique et morale, s’appuie sur les notions de désir, de préférence et de besoin, ainsi que sur un cadre de pensée sociale, susceptible d’accroître l’épanouissement de chacun (Guibet Lafaye, 2007). Une définition cohérente avec ce que nos interviewées ont défini comme : « prendre soin de soi« , « c’est écouter » et « ce qu’on peut se permettre, ce dont on a envie« .

Elles suivent des chaînes de contenu sur le wellness sur Youtube depuis plus de 4 ans où ce sujet est devenu une partie de leur routine. Parmi le contenu qu’elles regardent, nous pouvons trouver dès « fun healthy cooking and nutrition tips videos » (description de contenu sur la chaîne de Abbey Sharp) ou encore des « natural healing, beauty and fitness » (description du contenu Sarah’s Day chaîne). Ces deux jeunes femmes trouvent dans les chaînes de wellness un contenu qui occupe une place importante dans leur vie c’est pour cela que nous avons voulu comprendre les principales motivations de Charlotte et Louna derrière ce mot fourre-tout de wellness et leur évolution au fil de temps. 

Un sentiment de proximité et d’identification

C’est un moment de crise dans leur vie qui a amené Charlotte et Louna à rechercher du contenu wellness sur Youtube.

Pour Charlotte, c’était le fait d’être dans une relation où elle ne se sentait pas bien : “J’étais dans une relation à long terme qui n’était pas bonne pour moi, et j’avais besoin de pouvoir contrôler quelque chose. Je ne pouvais pas contrôler ma relation (mais je pouvais) contrôler mon rythme de vie, ce que je voulais manger et mon activité physique.”

Pour Louna, trouver une youtubeuse avec laquelle elle partageait ses difficultés, en l’occurrence des épisodes de dépression, l’a aidé à trouver des réponses à ses questions : “Ca vient souvent d’un questionnement que j’ai, je tombe sur une vidéo, je regarde un peu le reste du contenu pour voir si ça m’intéresse.« 

Ce sentiment de proximité est le résultat de la communication multidirectionnelle, bidirectionnelle et personnalisée (Hautz et al. 2013) que Youtube permet grâce aux nouvelles formes d’échange qui. Ce qui permet aux créateurs de contenu d’avoir la possibilité d’influencer plus facilement l’opinion des autres et/ou de les orienter vers un sujet particulier à l’aide de leur expérience, de leur mentalité et même de leur personnalité charismatique, ce qui leur permet de générer des émotions chez leurs abonnés, (Hosseini Bamakan et al., 2019). Lorsque nous sommes exposés à des moments de désorientation et de confusion, il est facile de trouver des chaînes Youtube qui vont  partager leurs pensées, leurs conseils et leur style de vie. 

 Intimité et reconnaissance sociale

Le discours du wellness sur YouTube, est construit sur un double principe de partage intime et de reconnaissance sociale où l’objectif principal est d’activer un sentiment de proximité. Cela se voit dans la façon dont les chaînes de wellness d’Abbey Sharp (496 000 abonnés), de Sarah’s Day (1,5 million d’abonnés), Natasha Océane (1,38 million d’abonnés) et Itsblitzzz (753.000 abonnés) partagent leur vie quotidienne, leurs défis et leurs frustrations, leur amélioration personnelle et leur intimité, l’intimité étant comprise comme l’expérience et l’identité de l’individu, elle n’est pas visible ou appréhendable de l’extérieur, par autrui, et appartient donc à la subjectivité individuelle à part entière (Latzko-Toth & Pastinelli, 2013, 156), ce qui génère chez leurs abonnés un sentiment de proximité et d’identification, comme l’exprime Louna : “Elle (ItsBlitzz) me motive de base car je pense qu’on a des traits de personnalité en commun, quand je vois qu’elle a des difficultés que je partage, des soucis, et qu’elle trouve une solution ou partage des conseils, va mieux, ça me motive aussi.” 

La recherche d’identification ou de leader sont récurrentes, d’un côté Louna affirme ainsi rechercher des youtubers qui lui ressemblent : “… on est plus enclin à prendre des conseils de la part de personnes qui nous ressemblent ou partagent les mêmes valeurs que les nôtres, je pense”. 

Et Charlotte trouve dans ces youtubers un modèle à suivre : “Natacha par exemple, elle me donne envie de battre mes propres records, les autres… les trois autres sont juste un rappel qu’il est difficile d’être une femme et de voir les gens le reconnaître, mais aussi de voir les gens le faire si bien, c’est inspirant et réconfortant, donc je pense que je peux le faire. C’est comme si j’avais quatre grandes sœurs. » 

Les conseils nutritionnels des chaînes Youtube sont-ils inoffensifs ? 

Si Charlotte considère aujourd’hui ce type de contenu comme un divertissement, elle a pu le prendre au pied de la lettre : « il y a trois ou quatre ans, je faisais ça car une personne disait de faire ça.  » Comme Charlotte le fait, de nombreuses jeunes femmes prennent à cœur les conseils donnés par ces youtubers pour copier la personne qui leur motive, ce qui nous a poussé à nous interroger sur le type de contenu le plus fréquent sur les chaînes de wellness et le plus susceptible d’être suivi par leurs abonnés. 

En analysant le contenu des chaînes que Charlotte et Louna regardent, nous avons trouvé une vidéo sur trois qui parle sur la nutrition et qui donne des conseils alimentaires et des recettes de cuisine, ce qui dans certains cas,  peut conduire à adopter des régimes inappropriés et plus stricts que les personne ne remettent pas en question.

Ni Charlotte ni Louna n’ont eu de problèmes de santé ou de complications suite au suivi de ces conseils.  Le seul cas proche est celui de Charlotte qui a suivi un régime sans gluten pendant un été, suite aux conseils d’un youtuber. C’est grâce à sa mère, qui jugeait ce régime trop strict et inadapté, qu’elle l’a abandonné. Mais pourquoi ont-elles refusé de consulter un spécialiste ? Ces jeunes femmes ont choisi d’abord pour une question de prix : « c’est trop cher » et « j’ai pas besoin« , laissant la décision en matière de nutrition à leur propre jugement. 

Marianne, diététicienne, estime que tout dépend du travail du youtuber : “Certains YouTubers se penchent vraiment sur le sujet et donnent  certains bons conseils, mais à moins qu’ils soient diplômés en diététique ou nutrition cela peut être dangereux de suivre leurs conseils, je leur conseillerais d’aller voir plutôt un professionnel”. 

De la prescription  à l’entertainment

Ce qui était au départ une recherche de soutien est devenu au fil du temps une question de divertissement pour Charlotte, qui affirme : “Je regarde plus ça pour de l’entertainment plus que pour faire mon éducation sur le well being « . Et malgré le fait d’avoir été très attachée à ces influenceurs au début, au fil des années le sentiment d’appartenance a évolué. Cette évolution de la motivation selon Charlotte est liée à une question de maturité : “ Je suis sûre qu’il y a le fait qu’on grandit, que ça devient moins important….Ca fait deux ans maintenant je me suis distancée de ça, je me suis dit “ok chacun vit sa vie comme il l’entend et on est pas obligé de prendre un verre d’eau avec du jus de je sais pas quoi dedans.”  Au fil du temps, ces jeunes deux femmes ont passé de moins au moins de temps à rechercher des vidéos du wellness sur Youtube. Une pratique qui n’a pas complètement disparu DU FAIT du mode de fonctionnement de la plateforme Youtube, où Louna a activé l’alerte « nouvelle vidéo » : “ Oui pour itsblizzz, mais ça ne va pas me forcer à regarder tout de suite par exemple. Mais bon vu que je ne vais pas trop sur Youtube ça peut être pratique.” Cette fonctionnalité de Youtube  lui envoie une notification lorsqu’une des chaînes qu’elle suit publie un nouveau contenu. 

Après plusieurs années à suivre ce type de contenu, elles sont appris à mieux évaluer le sérieux des ces chaînes et faire des choix en analysant le type de contenu qu’elles consomment, Charlotte par exemple, recherche le parcours et la formation professionnelle du youtuber :  “Je vérifie aussi quand elle fait des vidéos, si elle cite des journaux académiques et  met ses sources dans sa boîte de description, et se sert de ça pour informer son point de vue et mener son point de vue.” 

Louna qui se tient informée compare les opinions des influenceuses avec des ressources scientifiques : «  Je lis souvent des revues scientifiques pour voir un peu ce que la science dit de tout ça » 

La façon dont ces deux jeunes femmes ont commencé à suivre des chaînes de bien-être nous alerte sur la responsabilité des créateurs de contenu de wellness sur Youtube, car dans les deux cas, une situation de vulnérabilité rend difficile le jugement objectif de la valeur des informations données pour les youtubers, ce qui conduit beaucoup de personnes à suivre des conseils inappropriés voire extrêmes. 

De la prescription  à l’entertainment

Ce qui était au départ une recherche de soutien est devenu au fil du temps une question de divertissement pour Charlotte, qui affirme : “Je regarde plus ça pour de l’entertainment plus que pour faire mon éducation sur le well being « . Et malgré le fait d’avoir été très attachée à ces influenceurs au début, au fil des années le sentiment d’appartenance a évolué. Cette évolution de la motivation selon Charlotte est liée à une question de maturité : “ Je suis sûre qu’il y a le fait qu’on grandit, que ça devient moins important….Ca fait deux ans maintenant je me suis distancée de ça, je me suis dit “ok chacun vit sa vie comme il l’entend et on est pas obligé de prendre un verre d’eau avec du jus de je sais pas quoi dedans.”  Au fil du temps, ces jeunes deux femmes ont passé de moins au moins de temps à rechercher des vidéos du wellness sur Youtube. Une pratique qui n’a pas complètement disparu DU FAIT du mode de fonctionnement de la plateforme Youtube, où Louna a activé l’alerte « nouvelle vidéo » : “ Oui pour itsblizzz, mais ça ne va pas me forcer à regarder tout de suite par exemple. Mais bon vu que je ne vais pas trop sur Youtube ça peut être pratique.” Cette fonctionnalité de Youtube  lui envoie une notification lorsqu’une des chaînes qu’elle suit publie un nouveau contenu. 

Après plusieurs années à suivre ce type de contenu, elles sont appris à mieux évaluer le sérieux des ces chaînes et faire des choix en analysant le type de contenu qu’elles consomment, Charlotte par exemple, recherche le parcours et la formation professionnelle du youtuber :  “Je vérifie aussi quand elle fait des vidéos, si elle cite des journaux académiques et  met ses sources dans sa boîte de description, et se sert de ça pour informer son point de vue et mener son point de vue.” 

Louna qui se tient informée compare les opinions des influenceuses avec des ressources scientifiques : «  Je lis souvent des revues scientifiques pour voir un peu ce que la science dit de tout ça » 

La façon dont ces deux jeunes femmes ont commencé à suivre des chaînes de bien-être nous alerte sur la responsabilité des créateurs de contenu de wellness sur Youtube, car dans les deux cas, une situation de vulnérabilité rend difficile le jugement objectif de la valeur des informations données pour les youtubers, ce qui conduit beaucoup de personnes à suivre des conseils inappropriés voire extrêmes. 

L'auteur.e

Alejandra Cavascango
Étudiante en master 2 industries culturelles et créatives, parcours plateformes numériques. Je porte un intérêt aux interactions humaines et à la représentation de soi à travers des plateformes numériques.

Le.la photographe

Karla VINTER-KOCH est photographe freelance spécialisée dans le portrait, la mode et la beauté. Après des études de cinéma, elle intègre l'ENS Louis-Lumière en 2019. Elle travaille actuellement son mémoire consacré à la notion de photographie cinématographique.

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